debout citoyens

Section PCF de Croix, Wasquehal, Hem, Leers,
Lannoy et Lys-lez-Lannoy

Avant de tourner la page de 2017

Il y a 8 mois

Quoiqu’elles puissent paraitre artificielles, les balises de l’année nouvelle permettent d’opérer un retour utile sur les événements et de juger les évolutions en cours. Ce coup d’œil dans le rétroviseur est indispensable pour mieux ajuster les ripostes.

L’année 2017 aura sans doute été celle de nouvelles ruptures, après la longue métamorphose d’un monde globalisé, qui poursuit une mue rythmée par de violents spasmes, sous l’égide d’un capitalisme financier mondialisé et agressif. De crise en crise, celui-ci remodèle chacune des sociétés qui tombent sous son emprise tout en protégeant les puissants qui trouvent refuge dans des paradis… fiscaux.

Guerres qui n’en finissent pas au Moyen Orient après les interventions Nord-Américaines, vagues migratoires massives qui touche de nombreux pays à commencer par ceux dits du « sud », explosions des inégalités sociales et de la finance spéculative, phénomènes climatiques d’une rare intensité et assèchement de la biodiversité qui mettent en lumière les inégalités mondiales et indiquent le degré de saccage de notre environnement ; montée des populismes alliés aux forces les plus conservatrices, en Turquie, aux Etats-Unis, en Amérique latine, et jusqu’au cœur d’une Europe blessée et déchirée sous tutelle d’institutions loin des peuples  : tous ces phénomènes ne sont pas étanches l’un de l’autre. Ils font au contraire système et dessinent le visage angoissant d’un monde qui fonce vers des impasses.

Celles et ceux qui tiennent les rênes de cette course folle empêchent notre humanité de tirer profit des progrès considérables de la technique et de la science comme du niveau d’éducation qui s’enrichit d’une circulation inédite de la connaissance à l’échelle du globe, permise notamment par les réseaux numériques.

L’élection d’Emmanuel Macron, grâce à la présence au second tour d’une extrême droite dont on a gonflé les voiles, est un événement que nous aurions tort de minimiser. Son accession au pouvoir dans un tel cadre signe une rupture déterminante avec les alternances régressives auxquelles nous étions, malheureusement et malgré nous, habitués.

Incontestablement, M. Macron est l’homme de la situation pour les puissances d’argent qui rêvent d’accorder la France et son « modèle social » au diapason de la mondialisation capitaliste financiarisée. Il est, pour eux, l’alternative aux alternances qui non seulement s’essoufflait mais ne permettaient pas – de leur point de vue – d’opérer une révolution copernicienne d’ampleur par la destruction du droit du travail au bénéfice du droit des actionnaires, du droit à la protection sociale au bénéfice des assurances privées, du droit à l’alimentation au bénéfice des oligopoles de l’agro-business, du droit à la libre administration des communes au bénéfice d’un Etat marié avec des institutions européennes centralisées. Offensive qui se manifeste encore par l’abaissement du salaire minimum au bénéfice de la rente financière, foncière et immobilière, une contre révolution fiscale allant au-delà des désirs de la bourgeoisie qui reste discrète, une France installée dans un Etat d’urgence permanent au détriment des libertés publiques, et un hyper « Président – chef d’entreprise » qui méprise les contrepouvoirs, les oppositions parlementaires et les corps intermédiaires.

Au tableau saisissant des dizaines de mesures historiques prises par le nouveau pouvoir pour détruire le modèle social français s’ajoute une pratique monarchique assumée du pouvoir présidentiel. La majorité parlementaire acquise au Président feint de minimes oppositions dans les champs sociétaux pour instiller l’idée qu’elle recouvrirait l’ensemble des sensibilités du pays. Ainsi se retrouvent décrédibilisées les oppositions et est rendue inaudible une contestation qui se satisfait de la floue, stérile et fausse opposition entre « ancien » et « nouveau monde ». Rien de tel pour assouvir les demandes des puissants et obtenir une soumission tacite de celles et de ceux qui n’en peuvent plus de l’ultra-libéralisme qui enchaine les travailleurs comme les privés d’emploi à la loi du profit.

Le nouveau paradigme macronien s’accommode parfaitement du vernis des colères et d’une opposition de gauche dont on entretient la division entre « l’ancien » et le « nouveau monde ». Ce « nouveau monde » dont se réclame justement M. Macron ! Le pouvoir fait son miel des pièges identitaires qui sont multipliés à dessein sur le dos des principes républicains et enveniment le débat public pour détourner le regard de la salle besogne d’un aréopage de technocrates asservi au nouveau pouvoir et qui ronge chaque jour et sans coup férir l’os du compromis économique et social conquis au siècle dernier.

Le pouvoir avance masqué. Diffus, il nous échappe comme la savonnette, glissant de l’alcôve des conseils d’administration des grands groupes aux salles de marché, puis dans les arrières salles où sont prodigués de coûteux conseils par les avocats d’affaires des paradis fiscaux, avant d’inspirer par notes et rapports à la commande, les grandes orientations politiques. Une meute de « Spécialistes », de journalistes, se chargent de faire accepter leurs contenus écrits à l’encre de l’inaceptable.

Ce pouvoir fait plus que jamais son miel de systèmes démocratiques malades qui organisent la compétition électorale entre fondés de pouvoir, souvent millionnaires, qui surfent avec habileté sur les humeurs des citoyens pour s’attirer leurs suffrages à grand renforts de conseils marketing. Chômage, précarité du travail et abstention électorale deviennent autant de nécessités pour que se perpétue ce système illégitime où les décisions cruciales échappent à la délibération démocratique.

Mais, ils ont un sérieux problème. Ce néolibéralisme, entretenu par un débat d’idées cloisonné et par l‘immunité dont bénéficient les détenteurs de capitaux indument protégés par le sacro-saint droit de propriété, ne rencontre pas l’assentiment d’une majorité des citoyennes et des citoyens.

Aussi, dans le même mouvement et en conséquence, croît partout le sentiment que ce monde-là n’est pas à visage humain ; pire, qu’il est dominé par une pulsion de mort qui conduit à l’abîme la planète et les êtres qui l’habitent. Ce sentiment angoissant, diffus et contradictoire, peut conduire à la colère et à l’égoïsme, endurcir un chacun pour soi que l’individualisme libéral érige en règle de vie ou en morale. Il peut encore encourager les réflexes de repli, nationalistes et cocardiers, qui ont toujours été le poison mortel de la gauche.

L’asservissement au modèle néolibéral n’est rendu possible que par l’absence de réponses collectives, brocardées, vilipendées et raillées par les apôtres du libre-échange et de l’argent roi, empêchées par les divisons qui minent le camp du progrès humain.

Dès lors se multiplient les hommes providentiels qui s’appuient sur la colère populaire, le ressentiment et la vengeance pour maintenir leurs positions de pouvoir, en cajolant « le peuple » mythifié car prétendument épargné par les contradictions de classe. Le sinistre Trump n’est rien d’autre qu’un symptôme, certes inquiétant, de cette décomposition politique qui nourrit les guerres, la xénophobie, bafoue les Nations-Unies et conditionne la perpétuation de l’exploitation humaine.

L’organisation de celles et ceux qui ont tout à perdre du mouvement en cours doit être un objectif unitaire de toutes les forces de transformation sociale. Les dynamiques populaires pour la justice, l’égalité et la paix, doivent être encouragées, vivifiées, nourries.

Dans l’épais brouillard d’une actualité sous la coupe des réseaux sociaux et d’un système médiatique asservis où le pluralisme est réduit, apparaissent quelques lueurs prometteuses. Ainsi en va-t-il du mouvement historique pour l’égalité entre les femmes et les hommes né de « l’affaire Weinstein », qui dépasse de très loin un « hashtag » sur les réseaux sociaux, mais questionne en profondeur cette inégalité fondamentale qui entrave la vie de millions de femmes à travers le monde ; ainsi en va-t-il, aussi, de la contestation croissante des paradis fiscaux, ces cloaques remplis d’argent sale volé au labeur quotidien des travailleurs ; ainsi en est-il de la solidarité internationale avec les migrants et réfugiés, ainsi en va-t-il, encore, de la conscience écologique grandissante qui se heurte aux logiques de rentabilité illimitée du capital.

Nourrir ces mouvements de nos réflexions, pointer leurs causes profondes, aider à l’organisation politique de toutes celles et ceux qui en subissent les conséquences, faire monter partout l’exigence démocratique dans la cité comme dans l’entreprise : voici quelques pistes pour ouvrir de nouveaux chemins d’Humanité. Sur ces chantiers remettons l’ouvrage dans l’année nouvelle qui vient.